Le baklava, ce dessert feuilleté doré et imbibé de sirop sucré, fait aujourd’hui l’objet de débats passionnés entre la Turquie, la Grèce et plusieurs pays du Moyen-Orient. Chacun revendique une part de son héritage, voire sa paternité exclusive. Pourtant, les historiens de la cuisine s’accordent sur un point : le baklava que nous connaissons est le fruit d’une longue histoire de croisements culturels et culinaires, façonné principalement dans les cuisines de l’Empire ottoman, mais nourri d’influences bien plus anciennes. Plutôt qu’un seul inventeur ou une origine unique, ce dessert illustre la richesse d’un patrimoine partagé. Nous allons explorer les racines historiques de cette pâtisserie, décrypter les traditions nationales qui l’ont façonnée et comprendre pourquoi sa simple évocation provoque autant de fierté identitaire.
Racines historiques du baklava et enjeux autour de son origine

Le baklava ne peut se réduire à une seule tradition culinaire. Son histoire traverse les siècles, les empires et les frontières, depuis les premières pâtisseries au miel de l’Antiquité jusqu’aux raffinements des palais ottomans. Cette complexité historique explique pourquoi plusieurs pays se disputent aujourd’hui son origine, chacun ayant légitimement contribué à sa forme actuelle. Comprendre ces racines permet de dépasser les polémiques nationalistes pour apprécier la véritable richesse de ce dessert.
Aux origines du baklava : que disent les sources les plus anciennes ?
Les premières traces de pâtisseries superposées remontent à l’Antiquité mésopotamienne et grecque. Les Assyriens cuisinaient déjà des préparations à base de pâte fine, de fruits secs et de miel, datant du VIIIe siècle avant notre ère. Les Grecs anciens confectionnaient le plakous, un gâteau en couches garni de noix et de miel. Cependant, ces desserts restaient éloignés du baklava moderne. La forme que nous connaissons aujourd’hui apparaît véritablement au Moyen Âge, dans les cuisines des Seldjoukides d’Anatolie, puis se perfectionne sous l’Empire ottoman. Les premiers manuscrits culinaires détaillés décrivant un assemblage de fines couches de pâte, de pistaches ou de noix et d’un sirop sucré datent du XVe siècle, dans les cuisines du palais de Topkapi à Istanbul.
Comment l’Empire ottoman a façonné la recette qui domine aujourd’hui ?
L’Empire ottoman a joué un rôle central dans la codification et la diffusion du baklava. Dans les cuisines impériales d’Istanbul, les maîtres pâtissiers développent une technique permettant d’étirer la pâte en feuilles ultra-fines, ce qui donnera plus tard la pâte filo. Ils structurent l’empilement des couches, optimisent la cuisson et perfectionnent l’équilibre entre le croustillant et l’onctuosité du sirop. Le baklava devient alors un dessert de prestige, servi lors des grandes cérémonies religieuses comme le Ramadan et les fêtes dynastiques. Cette pâtisserie se répand ensuite dans tout l’empire, du Maghreb aux Balkans, chaque région l’adaptant à ses ingrédients locaux. La capitale ottomane exporte ainsi un standard culinaire qui influencera durablement les traditions de dizaines de peuples.
Pourquoi l’origine du baklava est-elle devenue un sujet de controverse nationale ?
Le baklava cristallise aujourd’hui des enjeux d’identité nationale et de reconnaissance patrimoniale. En 2013, l’Union européenne a accordé une indication géographique protégée au baklava de Gaziantep, reconnaissant la spécificité de cette production turque. Cette décision a ravivé les débats entre la Turquie, la Grèce et les pays arabes. Chaque nation voit dans ce dessert un symbole de sa culture culinaire et de sa mémoire collective. Les querelles portent aussi sur des questions économiques : le tourisme gastronomique, l’exportation de produits artisanaux et la valorisation du savoir-faire local représentent des enjeux financiers importants. Derrière ces polémiques se cache une réalité plus nuancée : le baklava appartient à un espace culturel commun, hérité de siècles d’échanges et de cohabitation entre peuples ottomans, byzantins et arabes.
Traditions turques, grecques et moyen-orientales autour du baklava

Si l’on cherche à comparer les différentes versions nationales du baklava, on découvre rapidement que chaque tradition a développé ses propres codes. La Turquie, la Grèce et les pays du Levant partagent une base technique commune, mais se distinguent par le choix des fruits secs, les épices utilisées et la préparation du sirop. Ces variations reflètent des histoires locales, des disponibilités régionales en ingrédients et des préférences gustatives spécifiques. Loin de s’exclure mutuellement, ces traditions illustrent la richesse d’un patrimoine culinaire partagé.
Comment le baklava turc s’est imposé comme référence internationale moderne ?
Le baklava turc, notamment celui de Gaziantep et d’Istanbul, s’est imposé comme la référence mondiale grâce à une combinaison de savoir-faire artisanal et de stratégies commerciales efficaces. Les maîtres pâtissiers de Gaziantep utilisent exclusivement des pistaches d’Antep, réputées pour leur couleur vive et leur goût prononcé. La pâte filo y est étirée manuellement jusqu’à devenir presque translucide, permettant de superposer jusqu’à quarante couches. Le sirop, à base de sucre et d’eau, reste relativement léger et clair, contrairement à certaines versions plus sirupeuses. Les grandes maisons turques comme Güllüoğlu ou Karaköy Güllüoğlu exportent leurs baklavas dans le monde entier, installant dans l’imaginaire collectif l’idée que le baklava est avant tout turc. Cette visibilité internationale a largement contribué à ancrer cette perception.
En quoi le baklava grec se distingue-t-il par ses parfums et sa texture ?
Le baklava grec privilégie les noix et les amandes plutôt que les pistaches, reflétant la production locale de ces fruits secs dans le Péloponnèse et en Crète. La recette grecque incorpore souvent de la cannelle et du clou de girofle directement dans la garniture, donnant une dimension aromatique épicée absente du baklava turc classique. Le sirop grec se distingue également par l’ajout fréquent de miel, de jus de citron ou d’écorces d’orange, ce qui lui confère une texture légèrement plus épaisse et un goût plus complexe. On retrouve le baklava sur les tables grecques lors des grandes fêtes orthodoxes : Pâques, Noël ou les mariages. Cette dimension festive renforce son statut de dessert identitaire, lié aux célébrations familiales et religieuses.
Baklava au Levant et au Moyen-Orient : quelles variations régionales marquantes ?
Au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine, le baklava s’inscrit dans une famille plus vaste de pâtisseries feuilletées appelées halawiyat. Les pâtissiers levantins proposent différentes formes : rectangulaires, triangulaires ou enroulées en cigares. Selon les villes, les proportions changent : à Damas, on trouve des baklavas généreusement garnis de pistaches et parfumés à l’eau de rose, tandis qu’à Beyrouth, certaines maisons ajoutent des noix de cajou ou des amandes. Le sirop, souvent parfumé à la fleur d’oranger, apporte une touche florale caractéristique. Ces variations témoignent d’une appropriation locale forte, où chaque famille, chaque quartier possède sa propre recette transmise de génération en génération. Le baklava y est servi lors des grandes réceptions, des mariages ou des fêtes religieuses comme l’Aïd.
Héritages communs, influences croisées et évolutions de la recette
Le baklava n’est pas une création figée dans le temps. Son histoire est celle d’une transformation progressive, marquée par les échanges commerciaux, les conquêtes territoriales et les innovations techniques. Observer ces évolutions permet de relativiser les revendications d’origine exclusive et de comprendre comment ce dessert a été façonné par plusieurs cultures simultanément. Cette approche révèle aussi la dynamique d’une cuisine vivante, en perpétuelle adaptation.
De la pâte levée aux feuilles filo : une transformation culinaire progressive
Les premières pâtisseries en couches utilisaient des pâtes plus épaisses, parfois légèrement levées, nappées de miel ou de sirops de dattes. Ces préparations, courantes en Mésopotamie et en Perse antique, ne possédaient pas encore la finesse caractéristique du baklava moderne. L’évolution décisive survient avec le développement des techniques d’étirage de la pâte, probablement importées d’Asie centrale par les peuples turcs nomades. Les boulangers ottomans perfectionnent cette méthode jusqu’à obtenir une pâte si fine qu’elle devient translucide. Cette innovation technique permet de multiplier les couches sans alourdir le dessert, créant ainsi la texture feuilletée et aérienne qui fait la réputation du baklava actuel. Le passage de la pâte épaisse à la pâte filo constitue donc une rupture technologique majeure dans l’histoire de cette pâtisserie.
Comment les routes commerciales ont façonné les choix de fruits secs et de sirop ?
La disponibilité des ingrédients a toujours déterminé les variations régionales du baklava. Les pistaches d’Alep et de Gaziantep, cultivées depuis l’Antiquité, se sont imposées comme l’ingrédient noble dans les régions qui en produisaient, tandis que la Grèce et les Balkans privilégiaient les noix et les amandes locales. Les routes caravanières reliant la Perse à la Méditerranée transportaient également des épices comme la cardamome, le clou de girofle ou la cannelle, dont l’usage a varié selon les époques et les zones géographiques. L’évolution des édulcorants reflète aussi des changements économiques : le miel, utilisé depuis l’Antiquité, a progressivement été remplacé par le sucre de canne, importé d’Inde puis du Nouveau Monde, avant que le sucre de betterave ne devienne dominant au XIXe siècle. Ces transformations montrent comment le baklava a constamment évolué en fonction des flux commerciaux et des innovations agricoles.
Le baklava, un dessert identitaire mais aussi partagé entre plusieurs cultures
Chaque nation a construit son propre récit autour du baklava, en faisant un marqueur d’identité culturelle. Pour les Turcs, il symbolise le raffinement des cuisines ottomanes ; pour les Grecs, il incarne la continuité d’une tradition byzantine ; pour les Arabes, il représente l’art pâtissier levantin. Ces appropriations identitaires sont légitimes, car elles témoignent d’un ancrage profond dans les mémoires gustatives et familiales. Pourtant, les similitudes techniques et symboliques révèlent une base commune : la superposition de feuilles fines, l’usage de fruits secs et d’un sirop sucré, la dimension festive et conviviale. Plutôt qu’un patrimoine exclusif, le baklava apparaît comme un héritage partagé de l’espace ottoman et proche-oriental, enrichi par chaque culture qui l’a adopté et transformé selon ses goûts.
| Tradition | Fruits secs privilégiés | Parfums du sirop | Occasions de dégustation |
|---|---|---|---|
| Turque | Pistaches d’Antep | Sucre, eau | Ramadan, fêtes religieuses |
| Grecque | Noix, amandes | Miel, citron, orange | Pâques, Noël, mariages |
| Levantine | Pistaches, noix de cajou | Eau de rose, fleur d’oranger | Aïd, mariages, réceptions |
Questions fréquentes sur l’origine et la fabrication du baklava
Les interrogations autour du baklava portent souvent sur son origine véritable, les critères de qualité et les raisons de la passion qu’il suscite. Voici les réponses aux questions les plus fréquemment posées, en s’appuyant sur les données historiques et culinaires.
Qui a vraiment inventé le baklava selon les historiens de la cuisine ?
Les historiens s’accordent pour dire qu’il n’existe pas un inventeur unique du baklava. Les recherches montrent que ce dessert résulte d’une longue évolution, débutant avec les pâtisseries antiques mésopotamiennes et grecques, puis se structurant véritablement dans les cuisines palatiales de l’Empire ottoman entre le XVe et le XVIIIe siècle. Les Seldjoukides d’Anatolie avaient déjà développé des techniques d’étirage de la pâte, mais c’est dans les cuisines impériales d’Istanbul que la recette a été codifiée et raffinée. Les revendications nationales modernes reflètent surtout des héritages locaux d’un même tronc historique ottoman, chaque région ayant ensuite adapté la recette selon ses ingrédients et ses goûts. Plutôt que de chercher un inventeur, il est plus juste de considérer le baklava comme une création collective, façonnée par plusieurs peuples au fil des siècles.
Comment reconnaître un baklava de qualité sans se fier uniquement à l’origine ?
Un baklava de qualité se reconnaît d’abord à la finesse de ses feuilles de pâte, qui doivent être croustillantes sans être sèches ni brûlées. Les fruits secs doivent être frais, généreux et uniformément répartis, avec une couleur vive indiquant qu’ils n’ont pas ranci. Le sirop doit imbiber uniformément le dessert sans le détremper : les couches doivent rester distinctes et conserver un certain croquant. Un bon baklava ne doit jamais être trop collant ni trop sucré, l’équilibre entre le sirop et la pâte étant essentiel. Enfin, la fraîcheur est primordiale : un baklava artisanal se consomme idéalement dans les jours suivant sa fabrication. L’origine géographique peut constituer un indicateur, notamment pour les baklavas de Gaziantep ou d’Istanbul, mais la qualité dépend avant tout du savoir-faire du pâtissier et de la fraîcheur des ingrédients utilisés.
Pourquoi l’origine du baklava continue-t-elle de susciter autant de passions ?
Le baklava touche à des dimensions bien plus profondes que la simple gastronomie. Il est lié à la mémoire familiale, aux fêtes religieuses et aux moments de convivialité partagés. Dans des régions marquées par une histoire complexe d’empires, de migrations et de conflits, la cuisine devient un terrain symbolique d’affirmation identitaire. Revendiquer l’origine du baklava, c’est aussi défendre une légitimité culturelle et historique, dans un contexte où les frontières et les identités nationales ont souvent été redessinées. Les enjeux économiques liés au tourisme gastronomique et à l’exportation de produits artisanaux renforcent encore ces débats. Pourtant, derrière ces polémiques, se trouve un point commun essentiel : l’attachement partagé à un dessert qui transcende les frontières et qui unit, paradoxalement, autant qu’il divise. Reconnaître le baklava comme un patrimoine commun permettrait de célébrer cette richesse partagée plutôt que de l’enfermer dans des revendications exclusives.
Le baklava demeure ainsi bien plus qu’une simple pâtisserie. Il incarne une histoire complexe de rencontres, d’influences et d’adaptations, où chaque culture a apporté sa pierre à un édifice commun. Plutôt que de trancher définitivement la question de son origine, il est plus enrichissant de célébrer cette diversité et de reconnaître que le baklava appartient à tous ceux qui l’ont façonné, préservé et transmis à travers les siècles.
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